vendredi, 15 février 2008
La Shoah, elle ne passera pas par moi
À propos d'autre chose, je lis ce matin dans Libération une citation tirée du quotidien berlinois Tagesspiegel: "There is no show-business like Shoah business". Trouvaille ironique et mélancolique qu'on dirait façonnée sur mesure pour rendre compte de la dernière (en date) bouse de Zident.
Donc le ministre de l'Éducation devra faire en sorte que "chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah". Répugnant à de multiples égards.
Il n'est ni le premier, ni le dernier, ni le seul et loin loin loin s'en faut, mais en faisant cette annonce lors du dîner du Crif (tiens pourquoi y a pas de J dans cet acronyme?) il rejette loin loin loin la portée universelle du génocide perpétré par le régime nazi.
Charger un enfant de 10 ans du poids d'un enfant mort, la belle idée que voilà. Colombani, qui s'était probablement douché à la poésie ce matin, qui me fera pleurer quand il aura fini de me faire crier, trouvait cela tellement mignon d'offrir à un enfant un ami imaginaire. Au secours. Ami imaginaire, tamagochi déjà mort.
Si Sarkozy parle des enfants français victimes de la Shoah, quid des enfants juifs non français déportés depuis la France après avoir été arrêtés par des policiers français ?
Et s'il parle de tous les enfants juifs déportés depuis la France, il en oublie 400.
Une paille.
Il y aurait tant d'autres choses à dire sur cette dégoulinade.
À cette minute, tombe, sur mes téléscripteurs personnels, la nouvelle : Simone Veil a qualifié d'"inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste" cette annonce. Ouf. Sans m'apaiser bien sûr, cette nouvelle compense un peu les applaudissements des Colombani, Halter, Klarsfeld (qui après tout doit quelquefois montrer qu'il est bien le père de son fils), Hollande ou Royal...
Hier au soir déjà, ma sœur me rassurait : elle interdira que l'une de ses filles, qui sera en CM2 l'an prochain, participe à ça.
17:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Shoah, Sarkozy, Crif, mémoire, Simone Veil, enfants, juifs
mardi, 12 février 2008
Un silence d'environ une éternité
Boris Schreiber, écrivain détestable et merveilleux, est mort hier.
J'avais commencé par Un silence d'environ une demi-heure, récit de ses années de jeunesse au titre magnifique emprunté à L'Apocalypse de Jean. Ma lecture du second tome étant bien avancée, m'était venue, attablée dans un bistrot, l'envie impérieuse de lui écrire pour le remercier. Puis j'avais lu la partie de son autobiographie concernant son enfance. Trouver ses autres livres n'était pas toujours facile, mais ma collection s'étoffait. Entre temps, il avait répondu à mon courrier. Nous avons bu un verre à la Closerie des lilas, et prolongé la soirée dans un restaurant russe par un dîner qui m'a surtout marquée par le nombre infini de toasts qu'il a voulu porter tout au long du repas. Il m'a offert quelques-uns de ses livres, de ceux qu'il avait sauvés du pilon. Et ce fut tout.
Il avait 84 ans, rempli sa vie à ras bords.


